La soumission sexuelle et 50 nuances de Grey

Soumission sexuelle

On lit beaucoup de critiques négatives sur les 3 livres (50 nuances de Grey, 50 nuances plus claires, 50 nuances plus foncées), la plupart venant de maîtres expérimentés. Pourtant, ils devraient être contents que leur passion soit exposée au plus grand jour. Ou pas.

Les avantages du débat sur le libre consentement

Les livres (et films) ayant eu du succès, c’est la bonne occasion pour certains d’en tirer un peu de célébrité. Ainsi le Huffington Post écrit : « Le sadisme et le masochisme sont des maladies mentales, qui devraient être soignées comme telles, avec une aide psychiatrique […] Est-ce le genre de relation que nous souhaitons à nos filles? Avec un harceleur, un homme qui bat sa compagne? Est-ce que nous voulons que nos fils deviennent des Christian Grey, en adhérant à cette masculinité violente qui dégrade également les hommes? »

Bien sûr, nombre d’hommes et femmes ne sont pas d‘accord avec cette vision, et le débat devient très intéressant. C’est un occasion en or pour les défenseurs de la relation Dominant / Soumise d’expliquer leur préférence sexuelle, et de démontrer qu’elle n’est pas basée sur la violence. Sauf que… ce n’est pas vraiment écrit comme ça dans le livre…

Les pratiques de soumission / domination sont-elles des maladies ?

Pour la suite du paragraphe nous nous plaçons dans un cadre : les 2 partenaires acceptent une relation de domination parce qu’ils en ont envie, et uniquement pour ça (ce n’est pas pour préserver son couple par exemple). Les femmes le savent mieux que les hommes, il n’y a pas de plaisir sans lâcher-prise total, déconnexion avec son cerveau qui tente en permanence de protéger son corps. Or une soumise fait confiance à son maître. Elle s’abandonne totalement. Ce n’est pas parce que son maître est plus fort qu’elle, mais parce qu’elle accepte de tout donner, car elle sait son maître raisonnable, respectueux et précautionneux. Bref, de belles valeurs, très loin d’un rapport de force, comme le suggère le Huffington Post.

Pratique sexuelle et violence dans la soumission féminine

Soyons clairs et directs : si la femme se soumet pour préserver son couple, nous ne sommes pas loin du viol. En effet, l’homme fait pression sur la femme pour obtenir une satisfaction sexuelle. Dans un cadre de mutuelle envie, la soumission sexuelle ne repose que sur la confiance, ce qui a quand même plus de panache. Donc, la violence n’a pas de rapport avec la pratique sexuelle ; c’est la façon dont on l’obtient qui le détermine.

La violence du dominant sur sa soumise

Que penser du dominant qui « force », d’une manière ou d’une autre, leur partenaire ? Et bien c’est très dégradant pour un homme, car qu’il fait passer ses besoins sexuels avant tout le reste, quitte à forcer sa partenaire. Un animal. Et la conséquence est le viol, comme on l’a dit. Et ce qui est certain, c’est que la relation qui s’en suivra n’amènera aucun plaisir, sinon éphémère. Dans tous les cas, plutôt que d’insister l’homme gagne beaucoup plus à tenter de comprendre la relation.

Ce que pensent les femmes de 50 nuances

  • « Cet homme est attentif, subtil et raffiné……et c’est doucement qu’il va transformer la relation avec elle et la convaincre »
  • « Pour en avoir discuté avec des amies, elles comprennent que c’est un conte de fée moderne, mais elles aiment ça. Et d’ailleurs certaines écartent les relations sexuelles pour garder le côté Pretty Woman, prince charmant riche qui couvre de cadeaux »
  • « C’est un livre pour tout le monde, c’est vraiment soft »
  • « Je préfère la première partie, pourtant avec beaucoup moins de sexe »
  • « Ce que j’aime c’est voir comment ils glissent vers une relation qu’ils vont construire à deux. Comment vont-ils écrire la suite ? … C’est la base d’un schéma narratif classique, bien respecté ».
  • « J’aime beaucoup la progression des idées de la fille, elle se laisse guider par lui pour se soumettre totalement. C’est un bel exemple de confiance et d’une certaine forme d’amour. Mais j’aime aussi quand elle résiste, parce qu’elle a peut mais qu’elle est attirée en même temps. C’est la preuve qu’elle est une femme libre. »
  • « Je suis soumise et je pratique le BDSM donc je trouve tout ça bien fade, c’est certain que ça a été écrit pour un large public. Mais il faut avouer que les scènes sont très bien décrites, tant techniquement que sur les sentiments éprouvés.
  • « Le côté sulfureux est un artifice marketing destiné à capter la ménagère de 40 ans »
  • « J’aurais aimé qu’on parle moins d’argent, de luxe, de business, mais qu’on se focalise plus sur leur relation. Mais je comprends que ça fait vendre »

Pour en finir avec 50 nuances de Grey

Ces livres ont énormément apportés à l’univers de la soumission / domination :

  • La construction de la relation est bien décrite, progressive, avec des doutes, comme dans la réalité,
  • Ils ont désacralisé et placé des mots sur une pratique mystérieuse, souvent un fantasme nébuleux dans l’esprit de certaines femmes,
  • Ils ont permis à certaines femmes / couple d’assumer leurs envies.

On regrettera tout de même :

  • Christian Grey est présenté comme un malade mental, qui agit comme ça parce qu’il a eu des problèmes étant jeune,
  • Lié à cela, l’héroïne ne se reconnait pas tout de suite dans cette pratique sexuelle. Elle reste toutefois attirée par cet homme. Pourquoi ? L’argent, le luxe, les cadeaux ? Elle n’est pas capable de lui faire entièrement confiance, de se confier à lui. Bref, c’est classique d’un auteur qui n’a pas bien compris ce qu’est la soumission.